papillon sur fleurs

Idée, opinion, réflexion, croyance, appréciation, considération, désir, intention, souvenir sont synonymes de pensée. Tous émergent de ce que l’on nomme communément intelligence, esprit ou conscience que certains appellent improprement système nerveux.

La faculté de penser repose sur la faculté de la conscience de percevoir, de connaître et de se représenter le monde à travers les mots qui la décrivent et les images qui la représentent. Les perceptions : « je grelotte » et la symbolisation des sensations engagent la connaissance de la réalité par sa description : « la chambre est froide ». La pensée émerge :

  • de la sensorialité (perceptions sensations) « je ressens »
  • de l’attention (concentration) « je perçois que je grelotte »
  • du jugement (discernement) « il fait froid »
  • du raisonnement (interprétation) « il y a une raison à cela »
  • de la compréhension (entendement) « le chauffage est éteint »
  • de la mémoire (évocation) « j’ai oublié de le mettre en route »
  • de l’intuition (intelligence émotionnelle) « je sens que je vais m’évanouir »

Une pensée est donc la mise en forme par la conscience des objets de la réalité concrète (choses) et mentale (imagination). La pensée est une sorte de fichier que l’on utilise (communication) ou que l’on classe (mémoire) selon les besoins.

Les pensées se situent dans l’espace de la conscience

Être conscient commence par le discernement des perceptions, des sensations et des ressentis qui consistent à identifier les situations pour être capable de réagir. Être conscient, c’est percevoir le monde : « je perçois le monde qui m’entoure ».

Être conscient, c’est également être conscient de soi par la perception de soi : « je perçois ma présence dans le monde que je perçois ». La conscience fait l’expérience de sa réalité quand ses perceptions font l’expérience de son corps, de ses émotions et de ses besoins.

La conscience est donc une attention concrète portée à soi au présent.

Elle se réalise par la pensée et apparaît à chaque rapport au monde : « ma conscience accompagne chacune de mes perceptions et chacune de mes pensées, elle considère la réalité dont je fais l’expérience à chaque instant ». La conscience est également pensée d’intention permettant l’anticipation de ce qui va advenir, dans le sens que « les pensées que je forge et les actes que je réalise dans le présent engagent un avenir possible ».

La conscience différencie ses perceptions lorsqu’elle leur attribue un mot et un sens qui forment ensemble une pensée. La perception de soi : « pourquoi je ressens ? » et la reconnaissance des sensations engagent alors la pensée par une représentation (image mentale) de la réalité par sa description : « qu'est-ce que je ressens ? ». La conscience est donc une représentation et une résonance du corps : « ma pensée pense le corps qui l’héberge ».

D’après Descartes, « je pense, donc je suis », la conscience est la pensée qui pense qu’elle est (existe) : « je suis une pensée dans un corps ». La conscience se construit donc sur les pensées qu’elle créé.

Au cours de sa vie, chaque individu s’entoure d’une multitude de pensées constituant un réservoir de schémas auquel il s’abreuve inlassablement (mémoire). Ce récipient se remplit de nouvelles pensées et se renforce à mesure qu’il le garnit. La conscience reste normalement fluide mais les pensées qu’elle contient peuvent la figer et la soumettre aux contenus émotionnels et symboliques (sentiments) qu’elle a construits. Ainsi, lorsque les pensées s’imposent à la conscience, elles l'empêchent de percevoir la réalité derrière le voile de plus en plus opaque de ses obsessions, de ses idéalisations ou de ses angoisses.

Notes sur les images de représentations

Nous avons vu que la connaissance d’une chose s’établit à partir du réel par sa proximité. Lorsque la conscience accède à la réalité immédiate, les sensations corporelles permettent de distinguer et de comprendre l’existence des choses. L’individu, voyant pour la première fois un arbre est dépourvu de sa connaissance et de sa représentation, il en a uniquement la perception par ses sensations corporelles (vue, toucher, odorat, goût, ouïe). Les perceptions forment les images de représentation en tant que copie d’une forme de la réalité au travers des facultés de la conscience. La conscience créé et mémorise alors des schémas représentatifs des objets qu’elle perçoit. C’est par leur expérience concrète et leur symbolisation que la connaissance des objets s’inscrit à l’endroit de la mémoire. Ainsi, la personne qui a inscrit dans sa mémoire l’idée (le symbole) d’un arbre rappelle à sa conscience l’image de la représentation de cet arbre en tant qu’expérience et compréhension du phénomène de l’objet.

Par le rappel des pensées sous forme d’images, la mémoire porte l’histoire de son vécu et témoigne du rapport de la conscience à un monde qu’elle a fréquenté. Si un objet n’est pas compris par son expérience immédiate, c’est le savoir ou la croyance qui s’inscrivent dans la mémoire en lieu et place de la connaissance et de l’expérience de la réalité : « je n’ai pas connu mes parents, je crois qu’ils ont souffert de ne pouvoir s’occuper de moi ».

La pensée soumise à la mémoire

La mémoire est la capacité de reproduction de toutes les informations enregistrées. Elle contient l'histoire de l'individu, ses actions, ses pensées, ses connaissances, ses goûts et ses conditionnements. La mémoire est un système à tiroirs et à trous qui détermine les capacités conscientes.

Le souvenir des informations rapportées à la réalité est la mémoire explicite du « pourquoi » qui explique et argumente les gestes, raisons, contextes, perceptions, événements, méthodes, repères chronologiques, connaissances, faits et le sens des choses au travers des mots (symbolisme).

Le souvenir des apprentissages sensibles, automatiques et inconscients est la mémoire implicite du « comment » qui caractérise le corps émotionnel intuitif, les programmations (imitations, identifications, conditionnements), les sensations, la fulgurance des idées spontanées, les impressions, les pressentiments et les dons (savoir-faire) en dehors de toute explication rationnelle.

La mémoire est particulièrement sensible aux perturbations environnementales (traumatismes, drogues, pollution, stress), aux troubles de l’imaginaire (démence, confusion, intoxication) ainsi qu'aux désordres émotionnels (dépression, anxiété) qui provoquent son altération (amnésie, paramnésie, hypermnésie, paralogique, censure, apraxie, aphasie, agnosie).

L'exercice des associations libres (penser des liens entre des objets différents) permet de stimuler les lieux de la mémoire car il invite à exprimer tout ce qui survient spontanément à la conscience (réminiscence) : « j’imagine un arbre ». Tisser des liens entre les pensées (idées, sentiments, émotions) et la réalité concrète (corps, matière, autrui) est un jeu de représentation et de perception : « c’est le pommier du jardin familial », « c’était le vert paradis de mes amours enfantines », «  je l'escaladais pour cueillir ses fruits ». L’objectif de cette procédure est de provoquer des analogies révélatrices d’un sens et de recréer des liens avec des causes inconscientes et circonstancielles : « à cette époque, je me cachais sous l'immense table (bois) de la salle à manger pour écouter les histoires (racines) familiales, j'observais le mouvement des jambes (branches) en mangeant une croûte (écorce) de tarte aux pommes (fruit) ».

La pensée et l’émotion dans le bac à sable de la conscience

Les émotions développent la structure mentale (construction du monde représentatif aux stades de l’enfance) : « j’ai peur des araignées, alors quand je serai grand, je serai chasseur d’araignées ». Nous avons vu que la conscience se construit sur les premières expériences sensorielles (escale 1.10). L'enfant développe son domaine mental par la création d'une imagerie représentative de son environnement à partir de ses perceptions visuelles, gustatives, olfactives, auditives et tactiles. La réalité (soi / autrui) prend ainsi une forme concrète et signifiante par sa symbolisation, c’est à dire par la faculté de sa représentation (description).

La photographique des figures parentales et l'inscription de leurs manifestations (paroles, gestes, soins) dans son propre appareil mental lui permettent d'apprendre à connaître son monde intérieur à travers celui de l'autre par le processus d'identification (indifférenciation de soi et d'autrui). La cohérence de ses perceptions émotionnelles, le discernement de ses sensations corporelles, la communication et la disponibilité affective de ses parents conditionnent la connaissance qu’il aura de lui-même, réelle, suffisante, caractéristique et authentique (individualité, émotivité, volonté, confiance, estime).

Cette conscience de soi déterminera la nature de ses attachements affectifs et de ses contextes existentiels.

L’émotion est une manifestation concrète du monde symbolique dans le champ corporel : intentions (désirs), motivations (raisons), valeurs (principes), figures sociales (statut et rôle) et représentations symboliques (croyances).

L’influence des pensées sur les émotions et inversement des émotions sur les pensées est utilisée par le conditionnement qui consiste dans l’association d’une pensée à une sensation corporelle (émotion) afin de provoquer un comportement ou un sentiment dans une situation particulière. Par ce mécanisme, une charge émotionnelle s’inscrit et persiste dans la mémoire de l’espace corporel : « dès que je te vois (situation), je me cache (comportement) car je tremble (peur) de ce que tu pourrais me dire ». Avec le temps, les origines représentatives d’une situation sombrent dans l’oubli en provoquant des comportements dont les intentions fondamentales résonnent obscurément : « peux-tu me rappeler pourquoi nous sommes fâchés ? ».

L'émotion victime des pensées

Agir sur les pensées (images mentales formées de l’expérience ou de la croyance) : « je suis en colère car je ne supporte pas d’être pris pour un vaurien» modifie les sentiments et les émotions : « depuis que je me sens utile (besoin), je ne ressens plus de colère, je la considère comme totalement inutile ». Se détacher des pensées habituelles permet de comprendre une émotion avec un regard libre, objectif, positif et sincère : « quels sont les véritables sentiments (pensées) à l’origine de mes émotions ? » Par conséquent, l’émotion peut porter les illusions de la pensée (fantasmes, désirs) : « je regrette (tristesse) qu’il n’ait été stable car nous serions toujours unis (croyance) et je serais heureuse (désir) ». Les pensées se retrouvent invariablement dans les difficultés existentielles et les expressions émotionnelles : « je m’étais projetée avec lui (désir) jusqu’à la fin de ma vie (représentation d’idéal) mais, lorsqu’il m’a dit qu’il partait (réalité) avec une gamine (fantasme) ça m’a renvoyé une mauvaise image de moi-même et j’ai été prise de panique (peur), c’est par haine et désespoir (voracité émotionnelle) que j’ai tout plaqué ». C’est ainsi que certaines émotions traduisent le bouleversement conceptuel et l’incongruité (discordance) de certaines pensées (désirs, croyances) face à une réalité particulière : « je pensais qu’il m’aimait sincèrement mais, depuis qu’il m’a laissée pour une autre, je le hais (voracité) et j’aimerais le voir aussi triste que moi ».

L’être humain perçoit la réalité du monde extérieur au travers de sa subjectivité, son regard oriente son interprétation pour produire son monde intérieur (perceptions, affectivité, pensées, corps). Les expressions émotionnelles proviennent alors de l’interaction de cet espace intime avec l’environnement des autres : « j’ai pleuré quand mon rêve d’amour s’est écroulé ». Les émotions portent ainsi les représentations et les perceptions dans la conscience. Leur rapport à la réalité décrit l’évolution de l’être dans son développement affectif : « je me méfie (peur) des hommes (objet du désir) car ils partent trop vite (subjectivité), alors je préfère rester seule ». L’émotion est donc l’élément qui illustre une pensée située dans les désirs : « je suis triste car j’aimerais profiter de la vie », les interdits : « je suis dégoûtée de mon désert affectif », l’empathie : « je suis réjouie de te voir comblée », l’individualisation : « j’ai peur de retourner chez ma mère », la reconnaissance : « je suis en colère car personne ne vient me voir ».

L'acceptation des émergences émotionnelles et la liberté qui leur est donnée conduisent à leur régulation et déterminent l’évolution, la reconstruction et la maturation des processus de la conscience : « j'observe ma part émotionnelle ».

Réformer les contenus représentatifs de certaines pensées

 « si je me montre jaloux, je signifie que je n’ai pas confiance ni en moi ni en l’autre et que je considère que le monde est malveillant par le mensonge, la trahison et l’illusion ». Il s’agit de regarder sa représentation du monde et de questionner sa propre représentation.

« pourquoi suis-je démuni devant les événements, suis-je dépendant d’une relation qui me fait peur, suis-je soumis à un objet qui invite au soupçon ? » La réalité des pensées éclaire la personnalité.

« je ne me reconnais pas dans ce que je fais et je ne suis pas exactement ce que mes pensées expriment ». « lorsque je pense qu’il était insensé de faire cela ou que j’ignore pour quelle raison j’ai dit ceci, je ne me reconnais pas dans mes actions et mes choix de vie ». La conscience s’est construit un masque, ses actions et sentiments lui paraissent alors étrangers.

Escale II.1 • L'émergence des pensées