papillon sur fleurs

Les étapes précédentes nous ont permis de visiter la plus grande partie de ce qui constitue la personnalité. Ce carnet de voyage propose d’explorer les profondeurs de l’être en soi, c’est-à-dire ce qui se trouve à son centre, en retrait de son moi qui le présente au monde. La question de qui je suis ouvre le dernier circuit du voyage intérieur. Aborder cette étape sereinement demande d’avoir une réelle conscience de soi (2.3).

Répondre à la question « qui suis-je ? » demande de s’ajuster à sa propre réalité. Il s’agit de développer la capacité de s’ouvrir à soi et à s’observer. Si je me pose en moi-même la question « qui suis-je ? » et que je lui trouve une réponse accordée à celui que je suis réellement, je pourrai répondre aisément à la question « qui es-tu ? » posée par l’autre.

Il n’est pas inutile d’avoir la conscience de soi la plus ajustée possible. Il suffit d’apprendre ou de réapprendre à être soi-même. La liberté et l’harmonie apparaissent de la capacité à s’ouvrir à soi-même par l’introspection et à s’observer positivement : « si je choisis de garder le masque que je porte, ça signifie que je préfère continuer à vivre dans l’ignorance de mes sentiments en renonçant à devenir qui je suis ».

Je peux choisir de persister à me tromper en me cachant à moi-même et continuer à exister comme le gardien d’un ordre établi conçu pour fonctionner uniquement par sa fonction sociale (métier) ou les désirs consuméristes de sa personnalité jusqu’à la fin de sa vie. Je peux passer à coté de ma vie et mentir sur mes sentiments par la peur du regard et du jugement de l’autre. Je peux dérouler indéfiniment le tapis d’une fausse représentation de moi-même ou me dévaloriser (ou me surévaluer) en me racontant des histoires par le manque d’estime ou de connaissance que j’ai de moi-même. Dans ce cas, il est peut être urgent d’ouvrir le grand livre de ma propre existence pour me réconcilier avec celui que je suis réellement.

De la difficulté de parler de soi

L’idée que je me fais de moi est une représentation (image mentale) qui répond à la question « qui suis-je ? »

La difficulté de parler de soi repose essentiellement sur la possible contradiction entre ce que je considère comme vrai (la vérité) et la réalité concrète de mes actions ou entre l’idée que j’ai de moi et la représentation que les autres me renvoient. Lorsque l’individu est dans l’incapacité de partager ses ressentis, il peut être soumis à des croyances, des injonctions et des interdits sociaux et de fausses représentations de lui-même (incapacité, timidité, loyauté, délire) ou du monde qui l’entoure (autrui).

Lorsque les sentiments sont insuffisamment exprimés, il est question d’une introversion propre à la personnalité qui peut confirmer l’existence d’une fiction symbolique. L’incommunicabilité des sentiments peut conduire à l’isolement social ou au retrait affectif. La crise existentielle et les obsessions (idées fixes) démontrent parfaitement la difficulté expressive et la résistance à une relation de partage émotionnel à défaire un nœud mental (interdit) par.

Cette impossible affirmation de soi enferme la conscience dans ses pensées (punition, accusation, jugement, réprimande, mésestime, incapacité) et ses représentations (interdits, devoirs, statuts) en créant les troubles de la relation (conflit, détachement, rupture) et les conversions (angoisse, douleurs, infections, infirmité) par la réclusion du corps émotionnel dans le corps physique.

Qu’elle soit juste ou fausse, la perception (description) de soi est influencées par les représentations sociales et les critères généalogiques existentiels et influencée par les représentations sociales les critères existentiels courants : « mais non tu n’est pas laid, tu es le plus bel enfant de la Terre, le seul problème est que tu n’es pas comme tout le monde ! »  Lorsque la conscience prend parti par sa subjectivité, ses croyances et ses conditionnements, l’orientation de sa pensée ou la recherche illusoire d’une perfection formelle entravent l’authenticité d’une représentation de soi et donc la possibilité de projeter sa personnalité. Une représentation de soi incorrecte (capacités, volonté, estime) par le conditionnement ou l’incongruité d’un rôle par l’éclipse du discernement provoque alors la perplexité et la difficulté à décrire ses propres défauts et qualités.

Quitter le moi en tant que personnage

Restaurer la liberté d’être soi c’est libérer sa parole. Cela est possible par le théâtre et particulièrement au sein du milieu familial par jeu de rôle qui consiste à jouer une représentation de soi dont le dénouement est satisfaisant pour l’ensemble de l’être. Ce jeu dans lequel je mets en scène une part de moi-même peut également être un jeu de marionnettes, de mime, de clown, de conte ou d’écriture.

Il s’agit simplement de décentrer le point de vue en déplaçant la perception et la représentation de soi dans un personnage que je ne suis pas. Utiliser l’instrument du changement de rôle par le déplacement de soi dans un rôle décalé à l’implication émotionnelle moindre atténue alors la responsabilité de l’image de soi en permettant une expression de soi à travers une représentation et une mise en jeu de soi transposée. Ce n’est alors plus une représentation de moi exacte et figée qui s’exprime mais quelque chose de mon être profond qui peut alors s’exprimer puisque libéré d’une responsabilité effrayante (charge émotionnelle) et délivré d’un statut tyrannique (personnage de l’ego).

Être pour soi-même un miroir de soi par l’observation de soi dans le jeu de rôle constitue une méthode essentielle de reconfiguration des nœuds dans lesquels je me sens captif et des formes et mentales qui m’entravent. L’effet attendu est la libération de l’indifférence affective du masque par la transformation de mes émotions en sentiments communicables.

« je » est un chemin qui trouve la réponse

Celui que je suis aujourd’hui est le produit d’un mélange d’influences, d’émotions et d’obligations d’un passé que je n’ai pas vraiment choisi. Je suis donc l’aboutissement de quelque chose qui peut être vu comme une fin. Je peux décider d’en faire le début de quelque chose de nouveau en dehors des fantasmes, des regrets, des conditionnements, des prétextes, des fausses justifications (rationalisations) et du fatalisme qui ont régit mon existence jusqu’à présent.

Il se trouve que celui que je suis aujourd’hui n’est pas celui que j’étais hier. Cela demande de reconsidérer à chaque instant l’idée que j’ai de moi. Il y a quand même une certaine constance car je reconnais mon corps même s’il vieillit, je connais bien mon histoire qui peut me sembler figée, mes pensées défilent toujours dans le même sens et parfois j’ai du mal à supporter mon caractère.

L’action étant le seul moyen de ne plus avoir peur d’évoluer et d’atteindre des objectifs, j’agis au travers de ma conscience par l’action de penser autrement tout ce que je peux pressentir au fond de mon être. C’est une action mentale qui porte sur la perception sensible et sincère de moi en tant qu’être entier, en dehors des buts qui ne me correspondent plus, de la vie impossible que je rêvais d’avoir (et que je n’ai pas eu), des illusions et des croyances que je nourris encore sans savoir pourquoi ou des bagages de mon passé qui sont devenus des charges lourdes.

Être « je » par l’activité de penser « je » paraît primordial pour une compréhension de soi dans une recherche existentielle.  Il s’agit de me reconnaître en tant que « je », c’est-à-dire « je suis celle-ci ou celui-là  » suivi de toutes les caractéristiques et qualificatifs qui peuvent me décrire. Il est donc question ici de la conscience et de la connaissance de soi qui permettent de façonner une image (représentation) suffisamment fidèle de celui que je suis ou pense être.

L’identification au « je » symbolise l’affirmation de soi, encore faut-il reconnaître le « je » qui s‘exprime et se manifeste. La conscience peut se percevoir dans son « je » ou refuser de s’y reconnaître, contestant ainsi sa propre conscience de soi et nier la propriété de sa représentation. Le « je », en tant que compréhension de soi, demande absolument sa concrétisation dans l’action et la parole : « j’existe » et « je suis » qui invite un retour sur soi par l’environnement ou l’introspection. D’où provient ce « je » qui s’exprime, est-il le masque, l’égo, la croyance, la mémoire, la conscience, l’identification, le présent, le besoin, le passé, le futur, le désir ou simplement soi ?

La conscience perçoit les limites de sa réalité concrète par le développement de ses facultés (perception, discernement). L’attention portée à la conscience du « je » affirme une capacité de connaissance de soi-même à travers toutes les composantes de soi réunies à l’intérieur de : « je suis » impliquant le corps, les émotions, la personnalité, la mémoire, la conscience et l’instinct. En plus de tout ce qui a déjà été visité par le voyage intérieur à travers la sensorialité, les perceptions, la fonction émotionnelle et symbolique, le discernement, l’interprétation, le raisonnement, l’intuition et la logique est ainsi une activité de centrage (concentration), l’exploration du masque et son décorticage nous conduiront à approfondir la connaissance de soi pour atteindre une réelle conscience de soi (4.5).

« je suis »

La représentation de soi est un élément de conscience qui se retrouve dans la perception de la réalité. La première image que l’enfant créé de lui-même (initiale) est la plus authentique dans le sens qu’elle se construit uniquement sur ses perceptions sensorielles (corps) et sur ses ressentis émotionnels : « surpris de voir des mains, je leur commande de bouger, je ressens leurs mouvements, ce sont les miennes ! »

La représentation qu’il créé de lui-même se produit donc de la perception de son intégrité corporelle : « je suis un corps » et de la conscience de l’habiter : « je suis moi », puis plus tard de la conscience d’être lui au travers de son individualité. La conscience de soi : « c’est moi qui pense » permet la connaissance de soi : « qui je suis » et la représentation du moi : « comment je suis » qui est la personnalité construite de toutes les influences du passé et entretenue au travers des rôles et des statuts (3.9). L’environnement est normalement réceptif à sa représentation et à l’affirmation de ce qu’il est.

Si « je suis moi » est l’affirmation d’une conviction, « qui suis-je ? » est la question posée à l’autre. L’enfant en développement est donc affamé de figures représentatives qui pourraient le renseigner sur qui il est exactement. Sa conscience construit l’image de sa propre représentation sur les images de lui-même que lui propose son entourage.  L’enfant devient conscient de sa présence au monde à travers les mouvements affectifs engendrés par ce qu’il donne à voir de lui-même. Il peut alors exposer au monde une image représentative de son « Moi » en tant que figure concrète et compréhensive de son individualité. C’est ainsi que sa conscience se réalise face au regard et à la parole des autres lorsqu’elle manifeste tous les éléments de sa personnalité (pensées, sentiments, expériences, croyances) : « papa, comment me vois-tu ? » - « tu es le plus bel enfant de la Terre » - « le penses-tu vraiment ? » - « le problème, mon chéri, est que j’aurais voulu que tu ne sois pas aussi curieux ! »

L’être qui naît au présent de sa connaissance comprend sa vie par ses perceptions, se réalise et se conçoit comme une conscience en évolution. Il devient le créateur authentique de sa réalisation à chaque instant. Je suis un caractère particulier dans un corps physique particulier car j’existe en tant qu’unité, en tant que moi - ensemble :

« je suis une conscience de soi dans un corps »

« je suis la pensée d’une conscience qui s’éprouve et se ressent, je suis une conscience qui s’ouvre à elle-même et se pose en soi (dans son corps) pour élargir sa présence au monde »

Au fond, « je sais que je suis plus grand que ce que je crois être, même si j’existe sous une forme humaine et concrète par l’incarnation de ma conscience, ici et maintenant ».

La réalité de la représentation de soi

Une représentation de soi est fausse puisqu’elle est en constante (re)construction, subjective et soumise aux erreurs perceptives. Conçue initialement du regard de l’autre, la représentation de soi est subjective et symbolique : « c’est moi qui me vois tel que je me vois », créée par la conscience de soi reconnaissant sa personnalité.

À la question « qui es-tu ? » je réponds : « on m’appelle Cachou (identité), je suis un homme de 54 ans (statuts), je suis artiste-peintre (statut), je brosse (rôle) des figures abstraites, parfois je crayonne, je suis marié (statut) depuis 15 ans à Feuille qui a 46 ans, avec laquelle j’ai trois enfants (statut), une fille et deux garçons, nous louons (statut) une maison à la campagne (désir), je pratique (besoin) le yoga et la méditation, je me promène (besoin) régulièrement dans la forêt, je me rends seul (assertivité) aux concerts de musique contemporaine (désir) car Feuille ne les apprécie pas (affirmation de soi) et je ne lis (désir – besoin) que des romans policiers ». Ainsi, ma description me caractérise, elle est une représentation de soi particulière dans le sens qu’elle est une combinaison originale de choses que je fais et que personne d’autre ne fait comme moi. Ces choses que j’ai, ces choses que je fais, proviennent de moi et illustrent une partie sociale de moi, présentable et représentative de ma personnalité. J’ai pourtant conscience d’être bien plus qu’un individu qui fait des choses, même si ces choses sont intéressantes. Je rêve peut-être de plus de singularité, d’originalité, peut-être même de marginalité ou de paradoxes.

Alors, dois-je me demander qui suis-je sans trouver de réponse satisfaisante ou abandonner l'espoir de me connaître ? Je peux rêver de me décrire en toute franchise comme « un homme complexé par sa petite taille (image de soi), qui aimerait vivre dans la nature sans devoir travailler (désirs), qui pense qu’il serait bien mieux ailleurs (croyance) et qui ne comprend rien (défaut d’estime de soi) aux textes alchimiques ». Cette description éclaire davantage mon être au travers de mes pensées et de mes désirs mais ne renseigne pas mes ressentis (de plus, je me définis à la troisième personne). Ainsi : « Je réponds au prénom Jean-Yves. Je n'ai pas d'âge ou alors, celui d’une certaine maturité. Je ressens le besoin de progresser car je continue de me compléter. Je suis accordé à mon côté féminin, intuitif et sensible, j’aime la beauté des choses. Je suis uni à Feuille, âme fantasque et muse de mes créations. Nous partageons à deux le goût de la vie et du temps présent, chacun à sa manière. Elle contribue à mes élucubrations et moi aux siennes. Feuille évoque l’image maternelle qui m’a manqué, je l’accepte telle qu’elle est. J’ai accueilli trois enfants inattendus qui ont tous voulu grandir pour découvrir le monde, ils viennent régulièrement pour écouter tous ensemble le chant de la nature. Nous vivons dans une clairière au milieu de la nature. Je suis émerveillé par la forêt où je me promène tous les jours depuis que j'ai accepté ma peur des insectes. Je lis des romans policiers mais j’aimerais pouvoir lire d’autres œuvres comme celles d’Henri Bergson, de Carl-Gustav Jung ou de Baruch Spinoza ».

L’ouverture à soi

Se regarder dans la lumière de la sincérité, de l’ouverture et de la compréhension de soi s’avère simple mais ardu. L’individu peut voiler une partie de sa réalité pour le protéger de la souffrance, il voyage alors dans sa vie par la fuite existentielle. Lorsque le masque l’empêche d’être et de devenir, il dissimule le visage de ses sentiments.

Pour aller plus loin dans la connaissance de soi, il est primordial de répondre à « qui suis-je ? » en risquant l’expérience de la sincérité : « je distingue et démêle mes pensées pour accéder aux profondeurs de ma conscience ». C’est par une ouverture à soi que l’être comprend ses sentiments au travers de ce qu’il vit de ses émotions, du discernement de ses intentions, de sa volonté et de la manière avec laquelle il s’expose (sympathie, empathie, congruence, antipathie, appréhension) : « si je souhaite me percevoir et me représenter sincèrement, je range la lunette enchantée de mes illusions (croyances) et de mes défenses (peurs). Je peux décider de transformer la tragédie de mes faux-semblants (pessimisme) en comédie de vie (optimisme) pour créer les choses avec confiance et réaliser une expérience poétique dans mon rapport au monde. Je peux alors rêver, imaginer et désirer en abordant, en approfondissant et en observant simplement ma réalité ».

La connaissance de soi permet d’alignement ses activités et ses relations avec ses besoins, ses sensations, ses désirs et ses représentations.

Pour se réaliser entièrement, la conscience s’accorde à son espace corporel, émotionnel et mental ainsi qu’au monde de l’autre et de la société : « si je me construis de la réalité, de mes besoins, de mes pensées et de mes rôles, le discernement de qui je suis forme une image authentique (vraie) de moi dans mon environnement ». La représentation du Moi, créée par la conscience de soi reconnaissant sa personnalité au travers des sens : « je me vois tel que je me regarde », c’est à dire : « je me pense tel que je me perçois » correspond normalement au miroir que constitue le regard de l’autre : « le monde extérieur me renvoie une image de moi pour confirmer ou contredire l’idée que j’ai de moi ».

La représentation du moi : « quelle idée je créé de moi-même ? » questionne : « comment être vraiment soi dans son environnement ? » et trouve une réponse simple : « j’existe en mettant en pratique tout ce qu’il m’est possible de réaliser en moi-même (percevoir, ressentir, comprendre, connaître) par ma faculté de discernement et ma volonté d'évolution pour réaliser ma responsabilité (ressentir, créer, partager) par la confiance, l’indulgence, la gratitude et le pardon ».

Faire un choix est l’abandon volontaire d’autres choix possibles, faire un choix est donc un renoncement. Le choix du « je » demande alors de renoncer aux pensées et aux représentations envahissantes, ainsi qu’aux illusions (croyances) de rôle ou de statut afin de s’aventurer et de s’autoriser à devenir soi-même.

L’image de soi

L’individu ajuste ses pensées et ses perceptions pour se (re)connecter à sa réalité psychoaffective concrète par la critique de ses représentations, leur renoncement ou leur acceptation. L’être en évolution révise et questionne sa propre représentation pour l’actualiser (la renouveler) : « être soi-même c’est exister en dehors d’une image de soi figée à un stade antérieur d’évolution ».

(émotions ► perceptions ► pensées ► soi)

Lorsque j’apparais tantôt par ma réalité affective et parfois par une illusion, l’image que je présente de moi-même relève d’une représentation impérieuse, figée et faussée de mon personnage (ego) : « je crois savoir qui je suis et pense agir en pleine conscience mais que je ne reconnais pas mon image dans le miroir du regard d’autrui, je comprends que celui que je crois être n'est pas celui que je suis ».

S’il ne se raconte pas exactement par négligence, clivage ou dissimulation, ses actions, ses affirmations et ses sentiments excitent un conflit de perceptions construit d’une image (idéal de soi) de lui-même distincte de celui qu’il est en réalité (Soi). Il est alors dans ce qu’il montre, c’est à dire dans l’obsession, la forteresse ou la geôle de sa représentation : « je suis un autre qui rêve mon existence sans se nommer, tel un fantôme ». C’est ainsi qu’une connaissance insuffisante de sa personnalité (Moi) réfute la légitimité (congruence) de ses actions et la réalité de ses perceptions (émotions) : « lorsque je pense qu’il était insensé de faire cela (faute coupable ou erreur justifiable), que j’ignore pour quelle raison j’ai dit ceci (dévoilement inconscient) ou que je ne reconnais pas mon existence (déresponsabilisation), mes actions et mes choix de vie me paraissent imposés ou incongrus ». Le soignant perçoit les faits existentiels déterminants du patient (contextes traumatiques, généalogiques, affectifs) et favorise leur prise de conscience afin qu’il puisse reconnaître ses capacités et ses besoins pour exister selon ses propres choix (désirs).

L’individu, réalisé par ses identifications, devient conscient de sa présence et de la représentation qu’il offre à l’ensemble des autres représentations au travers de ses relations. La conscience expose ainsi au regard et à la parole d’autrui les éléments représentatifs (pensées, sentiments, expériences, croyances) de sa personnalité par la projection d’une image représentative de son « moi » en tant que figure symbolique concrète, acceptable et compréhensive de son individualité. L’environnement est réceptif au mouvement de l’image de soi en tant qu’expression et affirmation d’une partie de soi exposée au monde. La représentation de soi est normalement réfléchie telle (identique) par le regard de l’autre (miroir de soi) : « le monde extérieur me renvoie une image de moi pour confirmer ou contredire la représentation que j’ai de moi ».

Déterminée par les rôles primitifs, la représentation de soi est particulièrement une pensée évolutive se développant au cours de l’existence par les expériences individuelles. Cette image de soi se consolide par les identifications complémentaires pour constituer une idée de soi stable, portée par la conscience comme une « tenue de soi ». La personnalité (étape 3.7), située à mi-chemin entre le soi fondamental (inconscient) et le rôle (conscient) est en évolution constante, la représentation qui symbolise et exprime l’idée que l’individu a de lui-même l’est également.

Escale IV.1 • « qui suis-je ? »