papillon sur fleurs

J’émerge de l’humilité des premiers instants de mon existence.

Je peux penser que je suis un effet du Hasard.

Je peux penser que je suis le résultat de circonstances déterminées par une énergie inconnue que certains appellent Dieu, Œuvre, Rêve, Source, Infini, Volonté ou Destin.

Je comprends surtout que je suis constitué des mêmes éléments de matière qui constituent les Océans, les Plantes, les Montagnes, les Animaux, le Ciel, l’Univers.

Je suis une infime partie de quelque chose de vaste et d’indéfinissable, la densité et l’étendue de l’Univers étant des valeurs abstraites.

Je suis une part de nature advenue en tant qu’être humain. Je peux connaître et me reconnaître dans tout ce qui m’entoure.

Je suis dans chaque partie de ce Grand Tout qui représente l’unité et le rapport à toute chose.

 

Peu importe qui décide des plans de l’Univers car je suis le seul représentant de mon unicité. Je suis le seul moi, ancré ici et maintenant.

Je me promène en tant que témoin impliqué dans le Monde de l’Humanité et élément d’un groupe social. Quoi que je fasse, ermite ou homme public, j’influence l’ensemble de l’Univers.

Question préliminaire

Si l’on voulait répondre à la question : « qui suis-je réellement lorsque je détache le vernis et les incrustations de mon passé ? » il faudrait examiner les premières années de celui qui la pose. S’il avait le souvenir de cette période de sa vie, les causes de ses difficultés passées et actuelles seraient plus ou moins claires et sa vie serait largement plus lumineuse.

Ce carnet est peut-être l’un des plus difficiles du voyage intérieur car il explore les fondations de l’être humain. Lorsqu’il se penche sur la nature de sa personnalité, il peut s’apercevoir qu’elle est une architecture qui s’est édifiée progressivement autour des rôles et des statuts de son enfance. C’est la raison pour laquelle ses toutes premières identifications et les motifs généalogiques qui l’ont construit (carnet 2.3) peuvent éclairer sa situation.

L’identification en tant que construction du moi

L’identification est un processus fondamental à l’origine de la structuration de la personnalité. Comme ce processus est précoce et préalable à la conscience que l’individu a de lui-même, il est inconscient. Pour être clair, nous pouvons dire que l’identification précoce est l’incorporation inconsciente de la représentation d’un objet tel que le père, la mère ou un substitut.

C’est un mécanisme de déplacement et d’assimilation (symbolique) d’une personne désirée à l’intérieur de soi (introjection) : « je suis toi car tu es à l’intérieur de moi ».

Les premières expériences relationnelles de l’être humain avec le monde qui l’entoure se produisent par les ressentis de ses perceptions sensorielles. Quittant le paradis utérin où il a déjà vécu une infinité de choses (état de complétude, alimentation gastronomique, musique douce, chaleur idéale, bercements légers, massages continus), le nourrisson ne réalise pas sa distinction avec son environnement. Il se confond avec ses perceptions olfactives, gustatives, auditives et tactiles (la vue agit ultérieurement). Ses premières images de représentation sont uniquement corporelles et internes. Il existe uniquement par l’expérience de ses sensations (ressentis corporels) dans le prolongement des attentions maternelles. L’inconscient est l’espace dans lequel s’inscrivent ses premières représentations sensorielles et émotionnelles, celles de ses besoins corporels fondamentaux (boire, manger, respirer, dormir, se mouvoir, éliminer, être propre, homéothermie).

Etant donné qu’il existe dans un état d’indifférenciation totale dans la première phase de son existence, la perception de ses objets extérieurs semble provenir de l’intérieur de lui-même. La relation fusionnelle qu’il entretient avec son environnement (parents) lui donne l’impression « d’être » le monde qui l’entoure. Le monde de ses figures parentales s’introduit automatiquement à l’intérieur de ce qui deviendra sa conscience. Par conséquent : « la relation à soi est d’abord une relation au monde ».

Il développe progressivement son monde intérieur par la création d’un catalogue d’images mentales de référence à partir de ses images sensorielles. La réalité telle qu’il la perçoit s’inscrit dans sa mémoire instinctive, de survie et de création.

Les jeux d’introjection de l’enfant : « je suis toi – tu es moi » répondent à son besoin de représentation et d’évolution par la transformation de son état émotionnel. Il créé sa personnalité, puis son identité lorsqu’il imite et incorpore les personnes de sa réalité extérieure. L’identification à l’autre est un procédé instinctif de construction d’une représentation de soi par l’essai de quelque chose de l’autre en soi-même. C’est ainsi que se comporter comme le modèle par son imitation permet de devenir (vouloir être) le modèle et d'imaginer, croire et rêver posséder les mêmes aptitudes.

La constitution de la personnalité est déterminée par la capacité de la conscience à s’identifier

Il a été montré que la forme relationnelle et la proximité affective avec le support identificatoire sont décisives pour donner lieu à l’identification. Les parents ou substituts parentaux décrits comme affectueux, attentifs et bienveillants sont les meilleurs objets d'identification dans un mouvement orienté par le besoin d’appartenance (loyauté) et d’attachement (amour).

Lorsque la relation avec l’objet extérieur est vécue par l’enfant comme valorisante, celui-ci questionne l’image de représentation et évalue la satisfaction que produirait un changement affectif par son identification :

« quelle sensation me procurerait l’introjection de telle aptitude ou de tel attribut, qu’entraînerait cette modification au sein de mon organisation ? » (ceci est une réflexion tout à fait inconsciente).

L'identification au parent dépend également du caractère gratifiant de celui-ci, accordé à la gratification de tout l’espace familial. L’identification permet alors la symbolisation du lien de confiance et constitue le socle de la personnalité et de l’estime de soi.

La possibilité de l'identification est essentielle car elle fonde la compréhension émotionnelle (empathie / sympathie). C’est par l’introjection de l’autre en soi : « je suis l’autre » que l’émotion de l’autre : « il est triste » est comprise par l’expérience de l’émotion en soi : « je suis triste en moi ». La projection consciente de soi sur l’autre : « je suis triste en lui » et le discernement de son ipséité (individualité, conscience d’être unique) : « il est lui – je suis moi » forment alors la compréhension de l’émotion : « il est triste, je connais son émotion ».

L’identification défensive

Une identification à une personne contestée (désaccordée) de l’espace familial (statut clivé) compromet la pérennité de l’identification. Par ailleurs, la relation affective avec une image parentale autoritaire, exclusive, dominante, rigide, exigeante ou distante s’accompagne d’un sentiment d’insécurité ressenti subjectivement sur le mode agressif en provoquant la frustration du mouvement instinctif et spontané de l’identification. L'identification est défensive lorsque l’environnement est subjectivement inapte à satisfaire le besoin identificatoire dans le cas d’une distance affective élevée ou d’une résistance relationnelle entre le modèle et l’enfant (rejet affectif, enfant non désiré, défaut de bienveillance). Pour réduire la distance psychique, le mouvement identificatoire est orienté et conduit par l’enfant sur un mode agressif par l’envie (désir, jalousie, colère, ambition) plutôt que par un amour inconditionnel. L’enfant en demande identificatoire dépasse l’état de difficulté et d'insatisfaction par un désir contraint et contradictoire de s’identifier à la position du parent absolu. En introjectant l’autorité le tenant en soumission, l’identification au caractère de domination sert l’enfant pour asservir la nature parentale tyrannique dans un conflit inconscient de rivalité (les interventions et interactions modératrices de l’environnement peuvent diminuer la voracité émotionnelle d’un tel conflit).

L’enfant social

L’état inconscient originel (soi) voit émerger la conscience (moi) à l’issue de la période d’indifférenciation lorsqu’elle acquiert la capacité de sa propre symbolisation entre 3 et 6 mois. À partir de ce moment, les ressentis sensoriels participent à la constitution de la personnalité émotionnelle par la conscience de la perception de soi : « qu’est-ce que je ressens » et symbolique : « pourquoi je ressens ». C’est donc au travers de la symbolisation de ses sensations et de ses émotions que se développe sa conscience.

Les identifications primitives forment ainsi un apprentissage qui permet à l’enfant de discerner et d’intégrer les comportements et les conduites sociales de son entourage. Les imitations qu’il réalise des rôles sociaux soutiennent la construction de son caractère, de son identité et de ses représentations sociales. L'enfant sauvage devient un enfant social.

Les premiers jeux de rôles (6 mois à 3 ans) développent le caractère, étant un jeu libre ne comportant de règle. L'enfant s’identifie d’abord au monde environnant en intériorisant successivement les rôles parentaux. Puis, il joue les rôles en miroir en jouant pour lui-même le rôle d’autrui. L’enfant imite le parent puis il s'imite en manifestant à son propre égard les comportements qu'il a agi vers autrui (rôle de la poupée), il comprend les articulations symboliques et les implications émotionnelles de chaque individualité, c’est ainsi que, parlant de lui-même en s’identifiant alternativement à chacun de ses parents : « regarde chéri, il a renversé son bol de lait - il doit demander à maman le chiffon pour nettoyer la tache sur son chausson – je vais te donner le chiffon mais tu n’auras plus de lait car tu n’as pas fait attention – je crois que maman est fâchée - c’est parce-que tu regardais les rossignols – je regrette, j’aurais du regarder mon bol ».

La nature des expériences affectives et la symbolisation concrète que l’enfant réalise naturellement au travers de ses jeux de rôles orientent alors la définition de son caractère (son rôle en regard à sa propre conscience). L’apprentissage du domaine collectif s'effectue ainsi par l’introjection et la compréhension des divers modes relationnels (liens, attitudes, enjeux, intentions). Les premiers rôles mis en scène, conçus et tenus au sein de la famille forment l’apprentissage des règles collectives et conditionnent sa socialisation.

L’organisation de la communauté, sa culture et son histoire transgénérationnelle s’expriment par les coutumes, pensées, perceptions et représentations au travers des rôles familiaux. Le second stade du jeu de construction sociale est identitaire par l’introduction des règles, valeurs, croyances et conventions propres à l’espace familial (privilèges, obligations, interdits).

L'enfant s'implique dans ce jeu codifié en incorporant le cadre structurant du groupe dont il fait partie en interprétant les rôles (fonctions) et les statuts de son entourage. À partir de ce moment, le rôle s’établit sur le discernement et la compréhension des liens, des règles et des enjeux relationnels. L’enfant créé sa contribution à l’ordre et au modèle familial, il intègre le monde des systèmes et des processus d’organisation des tâches.

La définition de son rôle et l’attribution de son statut par le groupe familial l’engagent sur la voie de la loyauté (interdépendance) au groupe culturel. Identifié au rôle, l’enfant peut alors prétendre au droit à l’autonomie identitaire et à l’indépendance de sa personnalité. Les jeux de rôles trouvent leur apogée entre 3 et 6 ans avec une croissance dans la complexité des scénari.

Les rôles interprétés dans le groupe d’appartenance forment les outils de construction et de développement du désir existentiel lié à la conscience de soi : « je suis désiré par mes parents comme un élément de leur existence, je désire (identification) alors jouer un (mon) rôle car je suis celui qui soutient leur désir (introjection) »

L'identification constitue également un moyen d'intégration aux normes du groupe. C’est ainsi que l’adulte fonctionne bien dans une société culturelle particulière car il incarne les identifications et les conditionnements qu’elle valorise.

Certaines personnes éclosent en portant un rôle prédéterminé, s’agissant généralement de l’enfant articulation du couple, de l’enfant prolongement narcissique d’un parent, de l’enfant remplaçant de l’absent, de l’héritier relais ou renouveau d’une noble généalogie, de l’enfant objet de la permanence et de la continuité du nom. D’autres ne jouent aucun rôle et ne remplissent aucune fonction.

« j’ai plus ou moins accepté les règles et les significations m’ayant été inculquées au fil des années, que je les ai acceptées complètement ou que j’ai essayé de façonner une direction indépendante, mes comportements ont été sculptés par les attentes des autres, la représentation que j’ai de moi-même porte l’influence de leurs attitudes et jugements ».

Escale III.1 • je suis le monde qui m'entoure